À l’occasion du Tour de France, le Collectif Mentorat vous propose d’aller à la rencontre de jeunes, mentors et organisations qui font vivre le mentorat sur le terrain. À chaque étape, une histoire de mentorat ancrée dans le territoire traversé est mise en lumière, pour illustrer toute la richesse du mentorat et son impact concret dans la vie de celles et ceux qui en bénéficient. Une campagne de communication à retrouver sur Instagram pendant toute la période du Tour de France.
Pour le Grand Départ en Espagne, partons à la rencontre de la Coordinadora de Mentoria Social, le collectif espagnol de mentorat ! Nous avons donné le micro à Isabel Gutierrez, responsable de la qualité et de la recherche, pour nous parler de ses missions au sein du réseau, présenter les spécificités du mentorat en Espagne, et décrypter les enjeux du secteur dans les années à venir.
Quelles sont les missions de la Coordinadora de Mentoría Social ?
La Coordinadora de Mentoría Social (CMS) est le réseau national du mentorat social en Espagne. Nous rassemblons 28 organisations qui utilisent le mentorat comme un outil pour promouvoir l’inclusion sociale et l’égalité des chances pour les personnes confrontées à différentes formes de vulnérabilité.
Notre mission est de renforcer et de développer un mentorat de qualité à travers l’Espagne. Pour ce faire, nous accompagnons les organisations à travers des formations, de la recherche, du partage de pratiques, du plaidoyer et le respect d’un référentiel de qualité. Nous travaillons également à sensibiliser à l’impact du mentorat, tant sur les individus que sur la société dans son ensemble.
Ce qui nous inspire le plus, c’est de voir comment des relations humaines profondes peuvent ouvrir des portes, renforcer la confiance en soi et ouvrir le champ des possibles ce qui, autrement, semblerait hors de portée.
Quelles sont les spécificités du mentorat en Espagne ?
L’une des particularités du mentorat en Espagne réside dans son lien étroit avec l’inclusion sociale. Si de nombreux programmes de mentorat s’adressent prioritairement aux jeunes, aux personnes migrantes ou réfugiées et aux jeunes de l’Aide sociale à l’enfance, le mentorat permet aujourd’hui d’accompagner également des victimes de violences sexuelles ou sexistes, d’anciens détenus en réinsertion, des personnes en situation de handicap ainsi que de nombreux autres profils confrontés à des difficultés sociales ou personnelles.
L’ancrage local et communautaire est également une spécificité importante du mentorat en Espagne. De nombreux programmes sont profondément enracinés dans leur territoire et travaillent en étroite collaboration avec les établissements scolaires, les services sociaux, les collectivités locales, les organisations de la société civile et d’autres acteurs clés. Le mentorat y est souvent perçu comme un moyen de renforcer les réseaux de solidarité, de favoriser la citoyenneté et de créer du lien au sein de la communauté.
Je pense que cette combinaison de soutien personnel, d’engagement communautaire et de collaboration entre les secteurs fait du mentorat un puissant moteur de changement social. Cela nous permet non seulement de soutenir les individus, mais aussi de construire des communautés plus inclusives et connectées.
Quelles sont vos missions au sein de la CMS et qu’appréciez-vous le plus dans votre métier ?
En tant que responsable de la qualité et de la recherche au sein de la CMS, mes missions sont très variées. Mon rôle consiste principalement à accompagner les organisations dans l’amélioration de leurs pratiques, à concevoir des référentiels et des outils, à soutenir les initiatives de recherche, et à aider les projets à analyser et consolider leurs méthodologies. Mais comme c’est le cas pour beaucoup de monde dans les petites équipes, je touche aussi à plein d’autres sujets au quotidien !
Une grande partie de mes missions consiste à accompagner les structures dans l’amélioration de leurs pratiques, à identifier leurs axes d’amélioration et à soutenir leur développement. J’aime particulièrement créer des espaces de réflexion et d’échange, où les organisations peuvent partager leurs défis, leurs idées et leurs solutions.
Ce que je préfère dans mon métier, c’est d’aider les organisations à grandir et de voir comment de petites améliorations dans les pratiques de mentorat peuvent faire une vraie différence, tant pour les mentors que pour les mentorés. J’apprécie également de travailler avec des personnes issues d’horizons et de secteurs très différents, car elles apportent toujours de nouvelles perspectives et de nouvelles idées. Pour moi, l’un des aspects les plus gratifiants de ce rôle est de créer des ponts entre la théorie et la pratique, afin de contribuer à renforcer le mentorat dans l’ensemble du secteur.
Pourriez-vous nous en dire plus sur la coopération de la CMS avec les acteurs du mentorat en Europe et à l’international ?
La collaboration internationale occupe une place centrale dans notre travail. Nous partageons régulièrement nos connaissances avec des organisations de mentorat et des collectifs nationaux à travers toute l’Europe, à l’image du Collectif Mentorat en France. Nous sommes également engagés dans le renforcement du réseau Mentoring Europe et nous participons à la Communauté de pratique internationale pour la qualité du mentorat (International Community of Practice for Quality in Mentoring).
Ces échanges se révèlent d’autant plus précieux que le mentorat social est un secteur encore relativement jeune en Espagne. Dès nos débuts, nous avons énormément appris des expériences menées dans d’autres pays, en nous inspirant de leurs programmes, de leurs méthodologies et de leur manière de structurer le secteur. De plus, l’essentiel de la recherche sur le mentorat s’étant développé à l’échelle internationale, ces connexions nous ont permis de faire converger données, pratiques de terrain et innovation.
En réalité, ces enseignements tirés à l’international ont joué un rôle déterminant dans la création de notre propre système de certification, le MC Quality Seal. Regarder au-delà de nos frontières nous a aidés à mener une réflexion approfondie sur ce que signifie un mentorat de qualité, et sur la manière dont les connaissances internationales pouvaient être adaptées au contexte espagnol.
Au-delà des outils et des méthodologies, ce que j’apprécie le plus, c’est l’opportunité de découvrir d’autres réalités et de tisser des liens avec des personnes confrontées aux mêmes défis dans des contextes différents. Ces échanges nous rappellent que le mentorat est un mouvement mondial, et que nous devenons tous plus forts lorsque nous partageons nos savoirs, nos difficultés et nos solutions par-delà les frontières.
Comment voyez-vous l’évolution du mentorat dans les années à venir ?
Je suis convaincue que le mentorat va continuer à se développer et à s’imposer comme un outil incontournable pour favoriser l’inclusion, l’engagement et la cohésion sociale.
À l’échelle européenne, je m’attends à une collaboration plus étroite entre les organisations, les chercheurs, les institutions publiques et les financeurs. On observe également une exigence croissante en matière de qualité et d’impact, ce qui, à mon sens, permettra de pérenniser le mentorat et de le rendre accessible à un public plus large.
J’aimerais également voir le mentorat s’ouvrir à de nouveaux champs d’intervention sociale, pour aller à la rencontre de communautés et de publics qui n’ont traditionnellement pas accès à ce type d’accompagnement. L’objectif est que toute personne qui en a le besoin puisse avoir la chance de vivre une relation de mentorat enrichissante.
À mesure que le mentorat se déploie, il est essentiel de le percevoir non seulement comme une démarche de soutien, mais aussi comme une expérience d’enrichissement mutuel capable de transformer toutes les parties prenantes. Ces relations ont souvent un impact profond sur le mentoré comme sur le mentor, tout en renforçant le tissu social et le sentiment d’appartenance. À une époque où le sentiment d’isolement et le repli sur soi progressent, cette connexion humaine permise par le mentorat est plus que jamais indispensable à nos sociétés.


