Derrière chaque binôme mentor-mentoré, une multitude de métiers œuvrent pour faire du mentorat une réussite et en garantir sa qualité. À travers plusieurs entretiens réalisés auprès de professionnels engagés dans nos organisations membres, nous mettons en lumière celles et ceux qui rendent le mentorat possible. Nous poursuivons notre série de portraits avec Mathilde Claude, codirectrice et cofondatrice d’Expli’Cité, qui a accepté de répondre à nos questions ! Retrouvez les portraits précédents ici.
Peux-tu te présenter ?
Bonjour, je m’appelle Mathilde Claude. Je suis codirectrice et cofondatrice d’Expli’Cité depuis 2018.
Notre slogan au sein d’Expli’Cité est « booster, inspirer, impacter les jeunes » et nos objectifs sont clairs : prévenir le décrochage, permettre à chaque jeune de choisir son avenir, ouvrir des horizons et lutter contre l’auto-censure. La rencontre, la proximité et la relation de confiance sont au cœur de nos pratiques et de notre programme de mentorat. Cette année, on a eu la chance d’accompagner au global plus de 485 jeunes à Cergy, du CE1 à la terminale.
J’ai un temps travaillé dans l’industrie des métiers de la mode avant de m’engager dans l’enseignement. Je suis passée de professeure à cheffe de travaux, puis inspectrice de l’Education nationale dans diverses filières professionnelles. J’ai notamment travaillé au sein de la délégation régionale académique à la formation professionnelle initiale et continue pour le rapprochement école-entreprise.
Je me suis investie tout au long de ma carrière dans le domaine de la formation professionnelle dans des secteurs d’activités variés dans la formation initiale (élèves et apprentis) et en formation continue des adultes. À l’approche de la retraite, j’ai naturellement fait le choix de poursuivre mon engagement auprès des jeunes, convaincue que mon expérience pouvait encore leur être utile. Transmettre mon savoir et accompagner les générations futures est devenu pour moi une évidence, afin de contribuer, à mon échelle, à leur réussite et à leur épanouissement.
Pourquoi avoir choisi ce métier ? Quel est ton parcours ?
C’est une question de passion et d’engagement, pour être honnête.
J’ai évolué au cœur de quartiers dit sensibles depuis l’adolescence, et ça a vraiment marqué mon parcours et mes engagements. J’ai ensuite fait une licence en sociologie avec une spécialité en culture urbaine, puis une maîtrise en sciences de l’éducation — cadre d’intervention en terrain sensible. Un parcours donc très ciblé. Mon mémoire portait d’ailleurs sur le décrochage scolaire et sur le décalage de code culturel entre l’institution scolaire et la (ou plutôt les) jeunesses de quartier. Ce thème m’inspire depuis toujours, autant dans mon histoire personnelle que dans mon parcours universitaire ou professionnel.
J’ai conscience que les parcours de décrochage sont multiples, et que l’adolescence est une période naturellement compliquée. Quand en plus vos chances sont impactées par votre environnement social, économique ou familial, c’est autre chose et c’est nécessaire de pouvoir avoir du monde sur qui compter. J’ai toujours cru qu’un lien de confiance avec une personne, ça peut créer le déclic. Au minimum, ça crée une bulle de sécurité propice à la réussite, et mieux encore : à l’épanouissement.
Donc après mes études, puis un service civique auprès des jeunes, c’était pour moi évident de poursuivre mon engagement dans ce domaine et ainsi par la suite pouvoir fonder l’association Expli’Cité avec l’aide de mon associée de toujours : Laurence. Une association qui incarne nos valeurs et cette envie d’accompagner au mieux les jeunes.
Quels sont les principaux défis que tu rencontres ?
Nos défis sont nombreux, mais en choisissant de rester implantés sur un seul territoire, on garde cette proximité qui nous permet de vraiment nous adapter à notre public et aux réalités du terrain. Puisqu’on accompagne les jeunes sur la durée, du CE1 à la terminale, on doit adapter notre approche à chaque niveau. Les besoins d’un CE2 en difficulté de lecture, ne sont pas les mêmes que ceux d’un lycéen en seconde qui cherche à changer de filière ou à trouver un stage pertinent, par exemple.
Donc chaque année, notre défi est de proposer des projets, des approches, des méthodes qui correspondent vraiment aux besoins de chacun.
As-tu une ressource / recommandation à partager ?
Je parlerai aussi bien des classiques de la sociologie — Les Héritiers de Bourdieu, par exemple et tous les grands ouvrages qui expliquent depuis longtemps les inégalités scolaires.
Mais honnêtement, ce qui m’a inspirée depuis le début, ce serait « Banlieusards » de Kery James — un morceau classique du rap français pour moi. Il m’a accompagnée dans mon parcours et il continue à m’inspirer. Et il inspire aujourd’hui directement les jeunes qu’on accompagne, notamment grâce à sa réinterprétation sur Netflix. Ce que j’aime dans ce morceau, c’est le triptyque : « Apprendre, comprendre, entreprendre » et ce message central : « On n’est pas condamné à l’échec. On est condamné à réussir, à franchir les barrières et à construire des carrières ». C’est clairement de la déconstruction des autocensures, du cassage de stéréotypes sur la jeunesse de banlieue.
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton travail ?
Le lien humain, ou plutôt les liens humains. Avec les jeunes qu’on accompagne et qu’on voit évoluer, avec les familles, avec les bénévoles mentors. C’est ce qui me nourrit vraiment au quotidien.
Un mot pour définir ton métier ?
“Lien de confiance.” Sans hésitation.
C’est ce en quoi je crois le plus. Pour moi, c’est la plus belle arme, c’est l’outil auquel je crois le plus pour motiver les jeunes et faire grandir nos mentors en même temps.
As-tu un souvenir à nous partager et/ou une anecdote à nous raconter en rapport avec ton métier ?
On accompagnait un jeune depuis le collège. À l’approche du bac, il a pu profiter de notre accompagnement pour réviser. Première déception : le rattrapage… Et quelques points à rattraper. Il revient, on le rassure sur ses capacités, on lui permet de relativiser l’échec. Mais surtout, on l’écoute vraiment — ses émotions, sa crainte de décevoir ses parents, sa famille. Et puis quelques jours après, les résultats tombent : il a obtenu son bac.
Il m’appelle. Il hurle au téléphone : « Mathilde, j’ai eu le bac ! » Les frissons. La fierté. Le soulagement. La joie, l’émotion pour ce jeune. Quelques jours après, il revient au bureau fêter ça avec toute l’équipe.
C’est des moments comme ça qui nous rappellent le sens de nos métiers !


